Et ils dansaient le dimanche

Paola Pigani

Liana Levi

  • 22 octobre 2021

    Après le très beau Des orties et des hommes, ce nouveau roman est un moment de grâce. Renouant avec cette veine intimiste pour les déshérités et la condition ouvrière. Paola Pigani met en scène un groupe d'immigrés (hongrois, italiens...) venus travailler dans les années 30 dans l'industrie textile lyonnaise. Un ode à la liberté et à la fraternité vibrant de justesse et de sensibilité.


  • 19 octobre 2021

    En ouvrant ce nouveau livre de Paola Pigani,  retraçant  l'arrivée en France d'une jeune hongroise c'est ce tableau d'Angelo Tommasi Gli emigranti qui se déploie.

    La fiction est ce qui reste pour combler les silences d'une génération à l'autre. Paola Pigani raconte le tempo commun d'un groupe d'ouvriers exilés d'Italie et de Hongrie. Sjonza, Elsa, Bianca, Marco sont comme les vêtements d'une même lessive  qu'emporte le tambour de l'industrie textile  au début du XXème siècle.  Ils sont une même masse textile qui tourne et tourne encore,  chaque dimanche,  au bord de la Rize.

    Les saisons rythment la narration,  les gestations, les fêtes dominicales  à  la cadence des machines de production du viscose.

    Le filage s'associe au verbe, liant la fibre tant à la matérialité du monde qu'à des strates plus symboliques.  Les " petites Italies" réinventent une identité locale près de l'usine.  Le groupe habite un temps cyclique,  sans cesse répété dans l'atelier.  Chacun accomplit ensemble les boucles du temps: de l'insoumission à l'avènement du Front populaire.
    Le fil de narration véhicule fonction et signe de l'immigration. On comprend la matière,  sa provenance et sa finitude. L'industrie textile exerce une influence profonde sur les cadres mentaux  des immigrés,  rejetés, insultés, discriminés.
    Le viscose porte le monde en tous sens à la Tase. Il naît d'une tige si grêle que l'on tresse , non intacte mais brisée,  broyée et réduite par la violence,  comme celle que l'on impose au corps ouvrier.
    Toute la langue de Paola Pigani sur le tissage et le monde de l'usine se fait métaphore pour expliquer le fragile équilibre des forces qui sied au groupe. Un terreau fertile à la division au travail de chaque protagoniste.  Ce texte est un subtil équilibre des tensions à l'oeuvre dans la science combinatoire de la politique du Front populaire.  C'est la fusion des contraires où le faible et le fort s'affrontent pour un vivre ensemble plus harmonieux.

    Sjonza ajuste son corset,  non celui de la rigidité des contremaîtres ou d’ un mari, mais bel et bien celui de la liberté.


  • par (Libraire)
    14 octobre 2021

    1929, une usine de textile ferme en Hongrie et s’installe en France, près de Lyon. On y fabrique de la viscose à partir de la cellulose. L’usine a besoin de main-d’œuvre, elle prend en charge les ouvriers et embauche facilement les étrangers. Deux cousines, Szonja et Marieka quittent leur pays pour cette usine, la Tase, normalement pour un contrat de quelques mois. Elles rejoignent d’autres travailleurs venus d’autres pays.

    Paola Pigani raconte un moment de l’histoire industrielle de la première moitié du 20e siècle, l’histoire de tous ceux qui ont travaillé dur, qui ont usé leurs corps dans les usines dangereuses, mal éclairées, mal aérées, mal organisées, utilisé des machines non sécurisées, manipulé des produits toxiques. Ces travailleurs étaient logés sobrement dans des foyers et des cités construites près des usines. Ils menaient une vie sous surveillance des patrons et des religieux.
    Nous ne savons pas, pour la plupart d’entre nous, ce qu’étaient ces usines, ce monde industriel et nous n’avons pas connu les luttes collectives, la réflexion politique, les grèves qui ont abouti au Front populaire, l’étonnement joyeux de 1936. Paola Pigani ressuscite toute cette époque dans un récit respectant la façon de parler de ces étrangers. Elle rappelle la condition féminine, le logement collectif des femmes dans des foyers tenus par des religieuses, leur condition d’épouse soumises à la rudesse des hommes. Elle rappelle aussi qu’elles se sont émancipées. Elle situe son récit près de Lyon où elle vit, à Vaux-en-Velin, à Villeurbanne, le long du canal de Jonage, au Chateau-d’eau, près de la Rize, des lieux qui n’ont pas été effacés mais réhabilités.
    Elle n’oublie pas la fraternité des dimanches où les ouvriers, toutes nationalités confondues, allaient danser dans les guinguettes et les bals populaires, pour oublier la semaine, s’étourdir, sentir leurs corps libérés et souples, et parfois rencontrer l’amour.
    Écrit avec une simplicité recherchée qui convient bien à un récit sur la classe ouvrière, c’est un très beau texte qui rend hommage et ressuscite des vies discrètes.
    Un récit qui rappelle que l’immigration est toujours d’actualité et que des luttes peut surgir un monde meilleur.


  • par (Libraire)
    17 septembre 2021

    1929 : Szonja, comme des centaines d'autres, quitte sa Hongrie natale pour rejoindre une cité ouvrière de la banlieue est de Lyon et œuvrer (dans les conditions que l'on imagine) pour une usine de viscose.

    Un remarquable roman historique sur la vie ouvrière, l'immigration et l'éveil de l'insurrection qui aboutira à la naissance du Front Populaire, mais aussi un saisissant portrait de femme(s).

    Poignant !


  • 16 septembre 2021

    immigration, Lyon

    Lyon, ville de la soie et des canuts. L’histoire que raconte Paola PIGANI dans son dernier roman est plus contemporaine.

    L’histoire se déroule à Lyon, il est question de la soie, mais celle issue de la chimie, la soie artificielle.

    Les ouvriers ne sont plus les canuts mais des paysans de l’Europe de l’est que les entreprises font venir, leur assurant le gîte et le couvert.

    Nous suivons Szonja, arrivée à Lyon en 1928 depuis sa Hongrie natale.

    Elle découvre la langue française, le travail à l’usine, les femmes de toutes les nationalités, les polluants chimiques, la ville.

    A travers la vie de cette ouvrière comme les autre, se lit en arrière-plan la crise de 29 et l’arrivée des congés payés.

    J’ai aimé les amitiés entre femmes (forcément séparées des hommes en ces années-là), le soutient mutuel malgré parfois la barrière de la langue, les expressions et chansons italiennes.

    J’ai eu de la peine pour Szonja dont le mari devient alcoolique et la frappe.

    J’ai aimé partir respirer les dimanches sur les bords de Saône.

    J’ai découvert que la Villa Gillet devait son nom à cette riche famille qui inventa la fibre de viscose.

    J’ai aimé le paysan qui apporte au couvent des soeurs où logent les travailleuses son lait et quelques patates. Pour « ses fenottes de partout » comme il les appelle affectueusement.

    J’ai aimé les château d’eau comme point de repère de Szonja, comme un ancrage dans ce nouveau monde qui la malmène.

    Un roman touchant.

    L’image que je retiendrai :

    Celle de la muette qui aide les femmes de l’atelier, sans jamais prononcer un mot.


  • par (Libraire)
    15 septembre 2021

    Milieu ouvrier dans les années trente à Villeurbanne. Des émigrés italiens, hongrois, polonais, appelés pour faire fonctionner les usines françaises, puis renvoyés quand la crise de 1929 arrive en France.
    Sonja, jeune hongroise de 20 ans, et sa cousine ont quitté leur pays pour ne pas devenir « une fille de la terre », et reproduire le modèle tant détesté de leurs mères. Mais l’usine, 6 jours sur 7, leur enlèvera leur jeunesse, leur joie de vivre …
    Heureusement, il reste le dimanche…


  • par (Libraire)
    1 septembre 2021

    Paola PIGANI nous livre la destinée de Szonja, puis celle d'Elsa, celles de Marco, Luigi, Bianca et d'autres...
    Leur point commun ? Leur dévouement pour l'usine de soie de Villeurbanne pour laquelle ils ont quitté leurs pays.
    Leurs forces ? Une soif de dignité et des luttes en bandoulières.
    Entrez dans la danse !

    Emilie


  • par (Libraire)
    28 août 2021

    Coup de coeur !

    Szonja, jeune hongroise débarque en 1929 en France, pleine de rêves et d'envie de liberté. Embauchée dans une usine textile près de Lyon, les conditions de travail se révèlent terribles. La solidarité et la lutte ouvrière vont petit à petit s'exprimer.
    Paola Pigani signe un magnifique roman !

    Delphine


  • par (Libraire)
    27 août 2021

    Une vie simple

    Quel livre! Quelle histoire aussi dure que lumineuse !
    Ces ouvrier.e.s venu.e.s de différents pays pour user leur santé dans les usines françaises, journées interminables, matières chimiques qui rongent les organismes, et puis la crise, les journées de paye qui se font rare, soudain devenu.e.s "indésirables" avec la montée si proche du fascisme ou une peu plus lointaine du nazisme. Pourtant ils et elles ont donné de leur vie pour l'industrie française. Il se dégage de ces pages une véritable force vivante, vibrante, une solidarité, un courage à toute épreuve, un pan de l'Histoire des luttes qui devrait encore nous inspirer aujourd'hui. Un très beau roman servi par la plume incroyable de justesse et de beauté de Paola Pigani. Magnifique!

    Aurélie


  • par (Libraire)
    13 août 2021

    Conseillé par Fabienne, libraire

    Un roman réaliste et fourmillant de vie... Paola Pigani raconte la dure condition des ouvriers du textile, l'exil et le déracinement, la cohabitation entre les différentes communautés étrangères, le Front populaire qui s'installe. Son récit est très intéressant, on y apprend beaucoup de choses sur le viscose ou les exilés hongrois, et son écriture toujours très alerte.


  • par (Libraire)
    10 août 2021

    Chronique ouvrière

    Une belle, délicate et attentive chronique romanesque du monde ouvrier des années 1930, dans la banlieue lyonnaise où la dureté du travail et de la vie n'a d'égale que la force de la solidarité et des luttes de ces femmes et de ces hommes, pour la plupart immigrés d'Italie et d'Europe centrale.