Guenon
EAN13 : 9782812617744
ISBN :978-2-8126-1774-4
Éditeur :Le Rouergue
Date Parution :
Collection :Rouergue Romans
Nombre de pages :208
Dimensions : 21 x 14 x 1 cm
Poids : 262 g

Autre version disponible :

Ebook - Le RouergueEn stock9,49 €

Au collège, on la traite de guenon. Parce qu’elle est grosse, Manon, c’est une bonne élève de 3e effacée, qui ne trouve sa place nulle part. Alors elle nous raconte, d’une voix naïve et bouleversante, comment elle fait pour survivre dans la communauté des ados, son admiration pour sa cousine parfaite, le garçon qu’elle finit de rencontrer. Comment vivre dans un corps qu’on n’aime pas ? Un premier roman bouleversant écrit par un enseignant en lycée professionnel, très au fait de la violence des rapports, à l’adolescence.

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Commentaires des libraires

4 étoiles

Par . (Librairie Mots et Images)

Jusqu’où peut aller le harcèlement?
Jusqu’où peut mener le harcèlement?
Guenon...un livre coup de poing!

Commentaires des libraires

Une petite voix qu'on n'entend pas

4 étoiles

Par .

La « Guenon » du titre, c’est Manon, élève de troisième studieuse et effacée d’un collège sans particularité. Manon travaille bien en classe, mais on ne l’entend guère. Manon est grosse, et sans doute pas très jolie. Circonstance aggravante, Manon est douée, comme disent ses professeurs, mais ne veut surtout pas le montrer, se limitant à des performances scolaires juste satisfaisantes, qu’elle espère plus acceptables par ses « camarades » de classe, en tout cas moins susceptibles d’attiser l’hostilité plus ou moins latente de ceux-ci à son égard. Car Manon doit payer chaque jour ou presque, et depuis longtemps, pour cette double faute : être moche, et bonne élève.
Pierre-Antoine Brossaud est enseignant, et ça se reflète dans la restitution vivante et réaliste de scènes de la vie scolaire, du rendez-vous parents-professeurs mené tambour battant dans un maelstrom de lieux communs et de clichés, assénés avec conviction par une professeure principale animée des meilleures intentions, mais qui ne voit rien de la souffrance de Manon, jusqu’au cours d’EPS dont l’inexorable retour hebdomadaire provoque naturellement chez Manon une angoisse douloureuse, en passant par la cantine ou la cour de récréation, lieux de tous les dangers. Même dans la salle de classe, Manon, qui cherche à se faire oublier, n’est pas à l’abri des menaces et des moqueries cruelles d’autres élèves, certaines plus acharnées que d’autres, sous le nez de professeur apparemment sourds et aveugles. Cette sauvagerie, cette barbarie, ne visent d’ailleurs pas exclusivement Manon, elles s’exercent tous azimuts (ainsi, une jeune professeur remplaçante en fera elle aussi les frais). Et cette hostilité féroce envers Manon n’est pas non plus universelle, la jeune fille s’est trouvée par hasard une alliée distante qui lui procure parfois une certaine protection. Manon souffre de ces menaces, de cette méchanceté qui la poursuit, Manon a peur, mais surtout, Manon est seule.
Pour moi, le thème central de « Guenon » n’est pas le harcèlement en milieu scolaire, mais cette solitude extrême de Manon, cette élève trop discrète qui ne se plaint jamais, ni à l’école ni chez elle, et qui ne rencontre partout qu’hostilité ou, au mieux, indifférence. Bien sûr, solitude et harcèlement vont de pair ; la solitude rend fragile, vulnérable, et la honte du harcèlement renforce la solitude en une spirale vicieuse qui peut mener trop loin… Manon n’a pas d’amie, à l’âge où l’amitié est vitale pour affronter la difficile transition de l’enfance vers l’âge adulte. Ses seuls liens affectifs sont avec sa famille, proche (des parents qu’on devine bienveillants mais qui jamais ne soupçonnent l’enfer dans lequel survit leur gentille et docile fille, un frère préado qui vit sa vie, indifférent ou tragiquement taquin), ou plus lointaine (une cousine adorée et parfaite qui est en fait une sorte d’anti-Manon, qui la fascine mais dont elle ne peut pas empêcher l’éloignement de plus en plus radical, matériel ou sentimental). D’une façon générale, aucun des adultes qui l’entoure ne voit rien, ne devine rien.
Manon elle-même semble justifier à ses propres yeux son isolement et les brimades qu’elle subit : elle ne s’aime pas plus que les autres ne l’aiment. Elle se jauge sans complaisance, sans la moindre indulgence, et si elle ne se plaint pas, même en son for intérieur, ce n’est pas par force d’âme, mais parce qu’elle partage largement le jugement sévère de ses camarades à son égard. Après tout, elle non plus n’aime pas les gros… alors, pour oublier, pour se consoler, pour ressentir quand même un peu de plaisir dans sa vie qui fait mal, en cachette, honteusement elle avale en quantité des nourritures douces, grasses et sucrées.
L’équilibre précaire de Manon est ébranlé quand elle rencontre Amaury, aussi fragile et solitaire qu’elle mais qui l’assume avec une élégante résignation, presqu’une revendication. La vie s’élargit soudain pour Manon, à qui Amaury témoigne un intérêt décontracté, en lui faisant découvrir amicalement des univers nouveaux pour elle (la musique, la fumette…). Manon s’emballe. Elle s’enflamme, et c’est touchant et pathétique à la fois, ses tâtonnement maladroits dans des comportements si naturels pour les jeunes de son âge. Bien sûr, tout ça finira mal… Mal ? Un dénouement des plus étranges en tout cas, profondément déstabilisant, comme un changement radical de perspective qui laisse le lecteur songeur et ébranlé.
J’ai admiré la capacité de l’auteur à se mettre, avec acuité et sensibilité, dans la peau d’une adolescente de 14 ans complexée et vulnérable. Le livre accroche le lecteur, le style, fluide, spontané, restitue exactement ce qui se passe dans la tête de Manon, que l’on a envie d’accompagner tout du long. Ce premier livre est prometteur : j’attends avec curiosité d’être à nouveau surprise par d’autres textes de Pierre-Antoine Brossaud.

Une petite voix qu'on n'entend pas

4 étoiles

Par .

La « Guenon » du titre, c’est Manon, élève de troisième studieuse et effacée d’un collège sans particularité. Manon travaille bien en classe, mais on ne l’entend guère. Manon est grosse, et sans doute pas très jolie. Circonstance aggravante, Manon est douée, comme disent ses professeurs, mais ne veut surtout pas le montrer, se limitant à des performances scolaires juste satisfaisantes, qu’elle espère plus acceptables par ses « camarades » de classe, en tout cas moins susceptibles d’attiser l’hostilité plus ou moins latente de ceux-ci à son égard. Car Manon doit payer chaque jour ou presque, et depuis longtemps, pour cette double faute : être moche, et bonne élève.
Pierre-Antoine Brossaud est enseignant, et ça se reflète dans la restitution vivante et réaliste de scènes de la vie scolaire, du rendez-vous parents-professeurs mené tambour battant dans un maelstrom de lieux communs et de clichés, assénés avec conviction par une professeure principale animée des meilleures intentions, mais qui ne voit rien de la souffrance de Manon, jusqu’au cours d’EPS dont l’inexorable retour hebdomadaire provoque naturellement chez Manon une angoisse douloureuse, en passant par la cantine ou la cour de récréation, lieux de tous les dangers. Même dans la salle de classe, Manon, qui cherche à se faire oublier, n’est pas à l’abri des menaces et des moqueries cruelles d’autres élèves, certaines plus acharnées que d’autres, sous le nez de professeurs apparemment sourds et aveugles. Cette sauvagerie, cette barbarie, ne visent d’ailleurs pas exclusivement Manon, elles s’exercent tous azimuts (ainsi, une jeune professeur remplaçante en fera elle aussi les frais). Et cette hostilité féroce envers Manon n’est pas non plus universelle, la jeune fille s’est trouvée par hasard une alliée distante qui lui procure parfois une certaine protection. Manon souffre de ces menaces, de cette méchanceté qui la poursuit, Manon a peur, mais surtout, Manon est seule.
Pour moi, le thème central de « Guenon » n’est pas le harcèlement en milieu scolaire, mais cette solitude extrême de Manon, cette élève trop discrète qui ne se plaint jamais, ni à l’école ni chez elle, et qui ne rencontre partout qu’hostilité ou, au mieux, indifférence. Bien sûr, solitude et harcèlement vont de pair ; la solitude rend fragile, vulnérable, et la honte du harcèlement renforce la solitude en une spirale vicieuse qui peut mener trop loin… Manon n’a pas d’amie, à l’âge où l’amitié est vitale pour affronter la difficile transition de l’enfance vers l’âge adulte. Ses seuls liens affectifs sont avec sa famille, proche (des parents qu’on devine bienveillants mais qui jamais ne soupçonnent l’enfer dans lequel survit leur gentille et docile fille, un frère préado qui vit sa vie, indifférent ou tragiquement taquin), ou plus lointaine (une cousine adorée et parfaite qui est en fait une sorte d’anti-Manon, qui la fascine mais dont elle ne peut pas empêcher l’éloignement de plus en plus radical, matériel ou sentimental). D’une façon générale, aucun des adultes qui l’entoure ne voit rien, ne devine rien.
Manon elle-même semble justifier à ses propres yeux son isolement et les brimades qu’elle subit : elle ne s’aime pas plus que les autres ne l’aiment. Elle se jauge sans complaisance, sans la moindre indulgence, et si elle ne se plaint pas, même en son for intérieur, ce n’est pas par force d’âme, mais parce qu’elle partage largement le jugement sévère de ses camarades à son égard. Après tout, elle non plus n’aime pas les gros… alors, pour oublier, pour se consoler, pour ressentir quand même un peu de plaisir dans sa vie qui fait mal, en cachette, honteusement elle avale en quantité des nourritures douces, grasses et sucrées.
L’équilibre précaire de Manon est ébranlé quand elle rencontre Amaury, aussi fragile et solitaire qu’elle mais qui l’assume avec une élégante résignation, presqu’une revendication. La vie s’élargit soudain pour Manon, à qui Amaury témoigne un intérêt décontracté, en lui faisant découvrir amicalement des univers nouveaux pour elle (la musique, la fumette…). Manon s’emballe. Elle s’enflamme, et c’est touchant et pathétique à la fois, ses tâtonnement maladroits dans des comportements si naturels pour les jeunes de son âge. Bien sûr, tout ça finira mal… Mal ? Un dénouement des plus étranges en tout cas, profondément déstabilisant, comme un changement radical de perspective qui laisse le lecteur songeur et ébranlé.
J’ai admiré la capacité de l’auteur à se mettre, avec acuité et sensibilité, dans la peau d’une adolescente de 14 ans complexée et vulnérable. Le livre accroche le lecteur, le style, fluide, spontané, restitue exactement ce qui se passe dans la tête de Manon, que l’on a envie d’accompagner tout du long. Ce premier livre est prometteur : j’attends avec curiosité d’être à nouveau surprise par d’autres textes de Pierre-Antoine Brossaud.