Le nuage et la valse
EAN13 : 9782376650065
ISBN :978-2-37665-006-5
Éditeur :La Contre Allée
Date Parution :
Collection :LA SENTINELLE
Nombre de pages :576
Dimensions : 19 x 14 x 4 cm
Poids : 730 g
Langue : français

Le nuage et la valse

De

Traduit par

« L’ histoire » n’ a rien d’ un récit linéaire. L’ unité est assurée par la thématique. Entre le prologue, où le lecteur fait connaissance avec un peintre raté errant par les rues de Vienne, et l’ épilogue, à la fois apaisé et inquiétant, il y a les camps, mais pas seulement. Karel Novotný, employé de banque aisé, interné par erreur, constitue le fi l directeur. Mais il n’ est pas ce que l’ on appelle un personnage central, car dans ce carrousel, chacun, à un moment ou à un autre, se trouve dans le faisceau de lumière projeté par Peroutka sur les situations.
Le rythme est nerveux, la caméra bouge tout le temps, d’ un lieu à l’ autre, d’ une personne à l’ autre, offrant une vision à la fois kaléidoscopique et panoramique. Peroutka, journaliste expérimenté, livre des faits. Malgré l’ apparente sécheresse de ton, le refus de tout pathos, la volonté de distance et de neutralité, une grande émotion se dégage du récit. Comme jouant avec un élastique, Peroutka tire et relâche la tension. Ces hommes et ces femmes ne sont pas des héros, ou alors malgré eux, sans le savoir. Ils sont simplement des humains, ils traversent la vie, ridicules, admirables, répugnants, tragiques, et l’ ensemble, mine de rien, est bouleversant. C’ est la grande histoire arrachée au plus profond de la vie telle qu’elle fut, telle qu’ elle est, cristallisée là dans le microcosme des camps.
Hélène Belletto-Sussel

Hélène Belleto (Traduction) a également contribué au livre...

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L'Espace d'une nuit, roman

Karin Reschke

Actes Sud

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Commentaires des libraires

Un chef-d'oeuvre sauvé de l'oubli

5 étoiles

Par .

Tout comme son auteur, « Le Nuage et la Valse » est un rescapé. Le roman
s’appuie sur le Journal que Ferdinand Peroutka (1895-1978) a tenu pendant sa
détention dans les camps de Dachau puis de Buchenwald entre 1939 et 1945,
jusqu’à la libération du camp par les Américains. De retour à Prague, le
journaliste tchèque, qui ne s’entendait pas mieux avec les communistes qu’avec
les nazis, émigra aux Etats-Unis en 1948. Le livre, lui, ne fut publié à
Toronto qu’en 1976 par un éditeur en exil. Et ce n’est qu’aujourd’hui que ce
chef d’œuvre est traduit en français. Le mot n’est pas excessif pour qualifier
« Le Nuage et la Valse » _._ Parmi l’énorme bibliographie  consacrée à la vie
dans les camps, ce roman se distingue par une distance apparemment dépourvue
d’empathie, les événements sont vus d’en haut, sans que le moindre jugement
soit jamais émis par le narrateur. Il reste en surplomb, mais son regard
plongeant débusque les moindres mouvements des êtres – humains, animaux,
plantes – et les juxtapose avec audace.

Le prologue opère un retour à «Vienne, 1910 ou 1911». On suit un jeune peintre
famélique qui tente de vendre ses dessins et finit à l’asile de nuit où il
s’inscrit sous le nom d’Hitler Adolf. L’atmosphère fait penser à « Berlin
Alexanderplatz ». L’épilogue est composé de plusieurs scènes qui montrent
l’après: un adolescent israélien préfère aller à l’anniversaire de son copain
plutôt que d’accompagner son père au procès d’Eichmann, le père comprend; un
groupe d’émigrés aux noms anglicisés avec leurs nouvelles femmes américaines
sont en excursion au «nid d’aigle» d’Hitler, dans les Alpes bavaroises … le
temps a passé, il est possible de «relativiser». L’ironie est une des grandes
qualités de Peroutka, c’est une arme tchèque, celle de Karel Capek et de
Bohumil Hrabal. Si, dans ces deux ajouts, elle semble parfois un peu pesante,
le cœur de l’ouvrage, lui, est tout en finesse. Il est composé de quatre
livres. Les événements se déroulent essentiellement dans les camps, dans les
trains qui y amènent, mais aussi à Prague, à Munich, à Berlin, dans les
Balkans, sur le front de l’Est. Comme le dit la traductrice dans sa préface,
«le rythme est nerveux, la caméra bouge tout le temps, d’un lieu à l’autre,
d’une personne à l’autre, offrant une vision à la fois panoramique et
kaléidoscopique».

Au début du livre I, on est au début du printemps 1939. Des bourgeois jouent
aux cartes au Baroque, un établissement chic de Prague: juifs ou non, des
couples amis de longue date. Le lendemain, 15 mars 1939, les Allemands sont
dans la ville, c’était pourtant prévisible, après la Pologne. Tout change très
vite. Prenez Kraus, qui n’a jamais mis les pieds à la synagogue et a pris soin
de se faire baptiser catholique: il perd son emploi à la banque, l’accès au
Baroque lui est interdit par le patron, un autre Kraus, qui, plus prudent,
possède un visa pour l’Argentine. Sa femme quitte le malheureux Kraus, il
acquiesce et coud son étoile jaune. Kraus n’est qu’un cas. Partout des portes
se ferment, les humiliations, grandes ou petites, la délation, les tentatives
de fuite, les suicides, les crises cardiaques se suivent. A travers un propos
rapporté, un silence, un coup de projecteur sur un détail insignifiant,
Peroutka parvient à faire percevoir le délitement d’une société apparemment
aimable. En quatre parties, le récit va suivre le cours de la guerre, de
l’Allemagne triomphante au suicide du Führer dans son bunker de Berlin et à
l’épuration énergiquement menée à Prague, dès la libération, alors que l’étau
communiste commence à se resserrer.

Au départ, « Le Nuage et la Valse » était une pièce de théâtre, écrite
immédiatement à la libération des camps, à partir du Journal de l’auteur,
jouée en 1947 et vite interdite. Le nuage apparaît à des moments
significatifs, c’est un nuage d’été, joufflu et rond, réconfortant: parfois la
nature indifférente a comme un sursaut d’empathie. La valse, c’est  « Le beau
Danube bleu » dont la mélodie surgit sans cesse. Ainsi, chantée par un groupe
de déportés juifs avec des paroles infamantes. L’un d’eux refuse, c’est son
dernier acte de dignité. Dans une de scènes les plus bouleversantes, le
professeur Silvestr, l’initiateur du groupe de résistance Veritas, à Prague,
va voir un de ses disciples, le médecin Pokorny. Le vieux maître se croyait
prêt à affronter les coups ou la mort. Il découvre sa peur. Incapable d’en
finir tout seul, il demande au médecin de l’aider. Celui-ci est déchiré entre
son éthique et la fidélité à son mentor, il a aussi peur des conséquences, à
raison. C’est une conversation polie, tout en litotes, en silences, en
digressions. Par la fenêtre ouverte, on entend la valse, dont la mélodie sort
d’un appartement voisin, occupé par l’envahisseur. Il est implicite que le
Danube n’a jamais été bleu et qu’à Vienne, Munich, Prague, ou Varsovie, c’est
toute la civilisation de l’Europe centrale qui meurt.

Pendant le transport au camp, l’horreur se dévoile peu à peu,
incompréhensible, inacceptable. Puis la vie se réorganise. Kapo, membre de la
Gestapo ou prisonnier, chacun reproduit ce qu’il était dans la vie civile:
lâche ou courageux, pédant, flagorneur, geignard, égocentrique ou généreux.
Les circonstances ne font qu’exacerber les réflexes. L’arrivée des colis de
nourriture est ainsi un puissant révélateur des petites ignominies. Une
société se reforme, avec ses différences de classe, son organisation
politique. Le jeune prisonnier russe, malin et exubérant, finira broyé comme
la plupart. Les deux frères Kube, le kapo et le prisonnier, celui qui croyait
à Hitler et celui qui croyait à Staline, par circonstance plus que par foi, se
retrouveront à la fin, sur le chemin de leur village natal. Les Témoins de
Jéhovah manifestent un moralisme si rigoureux qu’il fait peur. De leur côté,
les communistes se tiennent à part, dans une organisation impeccable qui
laisse augurer de l’avenir.

Même si Peroutka n’exprime jamais de jugement, sa méfiance envers les
totalitarismes perce. Plus tard, dans un entretien, il dira: «Trois grandes
puissances ont traversé ma vie: les nazis, les communistes et l’Amérique.
Chacun, à sa façon, m’a rendu mon travail impossible.» Dans sa préface
remarquable, la traductrice, Hélène Belletto-Sussel, éclaire le parcours, sans
cesse empêché, de ce démocrate convaincu, proche des présidents Masaryk et
Benes. Journaliste de talent, maniant l’ironie, il terminera sa carrière en
exil, travaillant à Radio Free Europe qui diffuse alors vers la
Tchécoslovaquie, mais il ne semble pas que les Etats-Unis aient satisfait ses
idéaux de démocratie et de liberté. Depuis 1990, Peroutka a reçu des
distinctions posthumes dans son pays. Le président Václav Havel a déclaré « Le
Nuage et la Valse » «un des meilleurs romans tchèques des dernières
décennies». Récemment, la mémoire de l’auteur a été salie lors de l’«affaire
Peroutka», en 2015: l’actuel président, Milos Zeman, l’a accusé d’avoir écrit,
cédant à la «fascination des intellectuels pour une doctrine monstrueuse», un
article favorable à Hitler. Peroutka a aussi été soupçonné d’antisémitisme, ce
qui, comme le souligne la traductrice, est absurde quand on lit son livre.
Propos diffamatoires, bien sûr, l’auteur a été réhabilité, et son roman est
disponible dans son pays.

Peroutka n’écrira par d’autre roman _._ Il manifeste d’emblée une habileté
stupéfiante, passant d’une scène à l’autre en virtuose, avec cet art de la
juxtaposition qui fait surgir l’absurdité des situations sans qu’il soit
nécessaire de les commenter. Il y a des morceaux de bravoure – la vie
quotidienne du Führer dans son «nid d’aigle», entouré d’une jeunesse dorée ;
sa fin, dans le bunker. Des moments terribles : le retour de Novotny, employé
de banque déporté par erreur. Il retrouve sa place au bureau et tente de
garder sa tenue de prisonnier en témoignage. Mais personne n’a envie
d’entendre ce qu’il a à dire et il y renonce rapidement. Surtout, le talent de
l’auteur se manifeste dans des moments intimistes, d’étranges digressions

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