Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Francis Groff

Weyrich édition

18,00
par
18 juin 2021

En plein déconfinement et malgré des mesures strictes, des reconstituteurs napoléoniens bivouaquent aux alentours de Waterloo. Le deuxième jour, Charles-Damien Passereau dit CHD, un jeune homme a priori sans histoire est assassiné. Un mois plus tard, par l'intermédiaire de sa fiancée qui connaît la mère de la victime, Stanislas Barberian, bouquiniste-détective-amateur accepte de se pencher sur les circonstances du décès de CHD. Assez vite, il trouve, par hasard, un élément oublié par la police, qui va relancer l'enquête.

Je l'aime bien Stanislas Barberian, il est sympathique et trouve toujours un petit truc pour faire avancer ou changer de cap une enquête qui piétine ou qui débute. C'est sa troisième aventure que je lis et la dernière en date, et c'est la plus aboutie, celle dans laquelle on sent que le personnage a pris de l'ampleur et qu'il connaît sa place.

Polar atypique puisque mené par un bouquiniste -même si Mario Conde, le détective de Leonardo Padura est aussi bouquiniste, mais lui, après avoir été flic-, toujours plongé dans un univers ou une région marquants et bien décrits. Francis Groff fait dans la légèreté, l'humour est très présent dans ses personnages Stanislas et Martine sa fiancée qui se chamaillent régulièrement. On est loin et tant mieux des thrillers sanguinolents dans lesquels les flics sont dépressifs et/ou suicidaires -que je peux aimer par ailleurs-, et ça fait du bien.

Cette énigme, bien construite et son contexte original -la reconstitution des batailles napoléoniennes- sont convaincants. Tout se déroule en Belgique wallonne avec quelques incursions en France -Stanislas est carolo-parisien et il y a ce je-ne-sais-quoi propre à ce pays qui nous plaît à nous Français -à tous je m'avance peut-être, à moi sûr-, sans doute un certain professionnalisme mais sans se prendre au sérieux.

Rien à perdre

Anne-Marie Métailié

18,00
par
18 juin 2021

Voilà un roman noir comme je les aime. Court, rythmé, parfois drôle, avec des dialogues qui rajoutent une couche à tout ce que je viens d'écrire. Les trois copains sont fatigués et ne se connaissent pas si bien que cela. Chacun a, dans sa vie, des soucis, des emmerdes qui refont surface au moment où ils aimeraient se détendre. Ils ne sont pas taillés pour être des héros de polar : ils boivent du maté, sont trop englués dans leurs histoires de famille et loin d'être prêts à affronter le genre de méchants que l'on trouve dans ce genre de roman.

Roberto Montaña écrit des nouvelles et l'on sent qu'il maîtrise bien le genre, son roman court est efficace et ne s'embarrasse pas de fioritures, de détails qui ne servent pas son histoire. Là où certains commencent systématiquement leurs chapitres par la description du paysage, des ciels... lui va au plus direct, parlant plutôt de ses personnages, usant néanmoins de belles formules, par exemple, les premières lignes du livre : "Une ride. C'est la première chose qu'il voit quand il passe la main sur le miroir embué : une ligne fine qui naît à l'angle de son œil droit pour disparaître deux centimètres plus bas, traçant une courbe descendante et définitive. L'espace d'un instant il se dit que c'est seulement une illusion d'optique, un effet de la lumière, mais quand il s'approche du miroir il a la confirmation que ce n'est pas une ride mais plusieurs, disséminées sur tout le visage, en train de grandir autour des lèvres, dans les plis du front, aux contours du nez." (p.7)

Un roman qui débute ainsi présage de bons moments qu'il confirme au long des 160 pages.

Brèches

Olumide Popoola, Annie Holmes

Belleville Éditions

19,00
par
18 juin 2021

Olumide Popoola est une autrice germano-nigériane. Annie Holmes est autrice, réalisatrice et productrice. Elles vivent toutes les deux à Londres et, dans le cadre d'une résidence, elles ont écrit sur la "jungle de Calais", ce recueil de nouvelles qui ont toutes comme point d'arrivée ou de départ ce lieu.

Comme d'habitude, chez Belleville, un soin particulier est apporté à la couverture qui est une photo gracieusement offerte par Bruno Serralongue.

Le ton de l'ouvrage n'est pas pessimiste contrairement à ce que nous pourrions redouter. Les deux autrices dressent des portraits de jeunes gens -souvent- qui ont tellement vu et vécu de tragédies pour en arriver là, qu'ils sont prêts à tout pour s'en sortir et vivre enfin. Elles ne font pas l'impasse sur les difficultés avec les habitants de la ville, ni sur celles qui existent dans le camp. Ces histoires ont pour énorme avantage de nous présenter des personnages, des individus réalistes parce que sûrement copiés sur des garçons et des filles que les deux autrices ont rencontrés ce qui nous change des chiffres et statistiques. N'en déplaise à certains, ils ne sont pas des tueurs, des violeurs ou des délinquants, mais des jeunes gens qui ont fui leurs pays et ont voyagé dans des conditions effroyables, mais ces "certains" ne liront pas cet ouvrage qui risque trop d'humaniser ceux qu'ils préfèrent nommer du terme générique de migrants.

"J'aimerais que tu sois là, dit-elle à son père intérieur. Franchement, si tu voyais le comportement de ces gens, tout le respect qu'ils ont les uns envers les autres, tu cesserais de parler comme tu le fais tout le temps." (p.69)

Difficile de faire ressortir une nouvelle ou un personnage du lot, parce qu'ils sont tous forts, mais j'avoue une petite préférence pour :

- Enquête : une calaisienne vieillissante accueille chez elle un frère et une sœur avec beaucoup de méfiance, puis le temps fait son œuvre

- A bientôt : un vieux britannique très ordonné et à cheval sur les principes de la loi donne des cours d'anglais gratuits à un jeune homme tout juste débarqué

Un recueil à lire et faire lire pour un regard différent sur tous ces gens obligés de fuir leurs pays. Important dans cette période d'élections où le parti et les idées extrêmes n'ont jamais eu autant d'exposition médiatique ni jamais autant rencontré d'approbation de la population. Beurk !

Elena Basile

Ed Du Sablon

15,00
par
18 juin 2021

Dix nouvelles dans ce recueil. Dix nouvelles qui parlent de femmes qui vient en Hongrie, au Portugal, en Suède, en Italie au encore au Canada. Chacune s'arrête à ce moment de sa vie pour faire le point, de gré ou forcée par des événements extérieurs.

Elena Basile, par ailleurs ambassadrice de l'Italie en Belgique a un talent évident, celui de raconter en quelques pages presqu'une vie entière. Elle va à l'essentiel dans un style direct et épuré. Certes, il faut parfois lire entre les lignes, mais ça se fait tellement naturellement qu'on y pense uniquement si l'on s'arrête un instant sur l'écriture de l'autrice. Sinon, tout passe en douceur. Ses femmes se posent des questions sur l'amour, la maternité, la vie professionnelle, sur leurs choix de vie ou les non-choix, les événements qui s'imposent et qu'on subit comme vivre seule ou en couple, avoir des enfants. J'aime l'extrait suivant sur deux amies, l'une en couple sans enfant à elle, ayant élevé deux beaux-fils et l'autre célibataire avec une fille : "Margherita resta silencieuse. Elle avait un regard sombre et absent. Rosanna lui effleura le bras. "Tu sais, je voulais un enfant, convaincue que je n'aurais plus été seule, et maintenant, je crois, au contraire, que c'est précisément Michela qui vient souligner ma solitude. Étrange, non ?" Elle sourit à son amie pour la consoler et s'assit plus confortablement sur sa chaise." (p.150/151) Je l'aime bien cet extrait car il résume bien le recueil, peu de mots pour résumer une pensée assez profonde, intime. Elena Basile va au cœur de ses femmes, sans détours.

Il ne faut pas oublier la géographie et tous les lieux que l'autrice décrit, les villes dans lesquelles vivent ces femmes. On ressent l'ambiance plus que l'on a une idée nette des bâtiments et rues, et dans ces histoires, c'est justement cela qu'il faut, un contexte davantage qu'une description précise.

Arsène Lupin, Les origines

Les origines

Benoît Abtey, Pierre Deschodt, Christophe Gaultier, Marie Galopin

Rue de Sèvres

par
18 juin 2021

Alors qu'il n'est que le témoin du meurtre de Théophraste Lupin -enquête menée par l'inspecteur Bellemain, flic pourri qui l'a pris en grippe-, à 12 ans, Arsène, enfant des rues est envoyé dans une maison de redressement sur Belle-Île, la Haute Boulogne réputée pour son extrême violence. Arsène tente de s'enfuir, mais il est repris et tabassé. Le comte de la Marche qui a connaissance de la vie à la Haute Boulogne et de ce que subit Arsène, l'adopte et veille à son éducation dans les meilleurs établissements. Arsène, héritier du comte l'est aussi de son combat, celui contre la confrérie des Lombards qui gouverne le monde en coulisse.

Initialement parue en trois tomes en 2014, 2015 et 2016, voici l'intégrale, pour les ceusses comme moi, qui préfèrent les "one-shot" comme on dit en bon français. L'amateur des aventures d'Arsène Lupin que je suis, qui les a lues et relues est convaincu et réjoui. J'aime l'idée de connaître la jeunesse d'un des héros de mon enfance, fort bien scénarisée par Benoît Abtey et Pierre Deschodt. Les ingrédients pour la construction d'un personnage marquants sont présents : l'injustice, la mort, la rédemption, le combat éternel contre le mal, l'amitié sincère, la trahison, la rivalité voire la jalousie... Tout est donc là et fort bien dessiné par Christophe Gaultier et coloré par Marie Galopin, car oui, ils se sont mis à 4 pour faire cette série.

Un pur plaisir d'adolescent, régressif certes, mais franchement, je conseille à tous ceux qui aiment les romans d'aventure et particulièrement les Lupin, la lecture de cette intégrale. Cela n'empêchera pas de relire les romans, c'est un plus.