La disparue du Père Lachaise, Les enquêtes de Victor Legris

La disparue du Père Lachaise

Les enquêtes de Victor Legris
De Claude Izner
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mardi 09 avril 2019 3 étoiles

Paris, 1890. Alors que Victor Legris file le parfait amour avec Tasha, son ancienne maîtresse, Odette de Valois, se rappelle à son bon souvenir en la personne de Denise, sa bonne. La jeune Bretonne débarque en effet dans sa librairie, bouleversée par la disparition de son employeuse. Adepte de spiritisme et cherchant à communiquer avec son mari mort en Colombie, Odette n'aurait plus donner signe de vie depuis une expédition nocturne dans le cimetière du Père-Lachaise. Peu convaincu Victor pense d'abord à une fugue amoureuse mais promet tout de même à Denise de faire la lumière sur cette affaire. Pourtant, au fil de ses investigations, le libraire doit bien se rendre à l'évidence : Odette a bel et bien disparu et pourrait même être en grand danger.

C'est avec beaucoup de plaisir qu'on retrouve les personnages des sœurs Korb, Victor Legris le libraire détective, Kenji son discret père adoptif, Tasha son indomptable petite amie ou Joseph le commis passionné de faits divers. La librairie ne désemplit pas et accueille indifféremment habitués, clients occasionnels et célébrités du monde des lettres. Victor y passe finalement peu de temps, toujours occupé loin de la rie des Saints-Pères par ses enquêtes. C'est l'occasion de le suivre dans le Paris de la fin du XIXè siècle avec ses ruelles pavées, ses boutiquiers, ses fiacres et ses monuments, parfois disparus aujourd'hui. Entre personnages hauts en couleurs et visite de la ville, l'enquête passe un peu au second plan. L'énigme autour de la disparition d'Odette est vite éventée et Victor n'est pas toujours très affûté dans ses raisonnements. Mais là n'est pas l'essentiel. On lit ces petits polars sympathiques pour la description érudite de Paris, la plongée dans l'Histoire et l'atmosphère qui reste bon enfant malgré les crimes. Une petite récréation.


La Dame De Reykjavik

La dame de reykjavik

Jonasson Ragnar
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Samedi 06 avril 2019 5 étoiles

Hulda Hermannsdottir n'a pas eu la vie facile... De sa naissance à ses 64 ans, les drames, les peines, les deuils se sont succédé sans lui laisser le moindre répit. Mais Hulda est dure au mal et elle est restée debout, envers et contre tout. Et c'est son travail qui l'a maintenue à flots. Inspectrice chef dans la police de Reykjavik, elle a toujours mené ses enquêtes à bien, malgré les obstacles, le machisme ambiant, l'inimitié de ses collègues. Aussi le coup est rude quand son chef lui demande de prendre une retraite anticipée. C'est qu'il lui restait encore six mois avant de devoir raccrocher et elle y tenait à ces six mois qui la séparaient d'une inactivité forcée ! Mais elle doit céder la place à plus jeune qu'elle et c'est de haute lutte qu'elle obtient quinze jours de plus pour résoudre un cold case. Alors Hulda se penche sur un dossier bâclé : la mort d'une réfugiée russe en attente d'un visa. Son collègue avait conclu au suicide mais Hulda note des failles dans l'enquête et décide de creuser. Une dernière affaire avant de tirer sa révérence, un baroud d'honneur avant d'entamer une nouvelle vie, peut-être auprès de Petur, un veuf rencontré il y a peu avec lequel elle pourrait enfin briser sa solitude...

Si dans la série "Dark Iceland", Ragnar Jonasson restait dans la lignée du polar scandinave, avec "La dame de Reykjavik", premier tome de sa nouvelle série "Hidden Iceland", il a su se renouveler et se démarquer de la production nordique habituelle. Avec Hulda, son héroïne. Une femme flic proche de la retraite, maltraitée par la vie mais qui ne boit pas, ne se drogue pas, ne se plaint pas. Hulda subit et se tait. Secrète, solitaire, déterminée, elle est une héroïne plus qu'attachante au fur et à mesure que l'auteur nous dévoile les épreuves qu'elle a traversées. Un beau personnage de femme et de flic, assez insolite dans un polar. L'Islande est bien sûr très présente, cette petite île aux paysages époustouflants, ce paradis que son isolement préserve de tout. Pas tout à fait et Jonasson ne se prive pas pour critiquer ouvertement une société repliée sur elle-même et le sort qu'elle réserve aux femmes, aux vieux, aux étrangers. On découvre la misogynie, le jeunisme, le racisme d'une société qui se différencie de moins en moins des autres pays d'Europe. De quoi ressentir de l'empathie pour une Hulda qui n'a jamais été jugée à sa juste valeur parce que femme et qui est de plus en pus dénigrée parce que "vieille". Une pression constante qui lui fait commettre des erreurs, la fait douter, lui retire la fierté d'être douée dans ce qu'elle fait. On la suit avec angoisse dans sa dernière enquête, lui souhaitant de la mener à bien et de profiter de sa retraite auprès de Petur avec qui elle vit une touchante et hésitante histoire d'amitié qui pourrait devenir de l'amour. Mais pour connaître en savoir plus, il va falloir lire jusqu'au bout ce polar très réussi d'un Ragnar Jonasson au mieux de sa forme qui sait distiller le suspense tout au long d'une intrigue forte qui se finit en apothéose ! À découvrir absolument.


On n'efface pas les souvenirs

On n'efface pas les souvenirs

De Sophie Renouard
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mardi 26 mars 2019 3 étoiles

Une belle maison, une famille aimante, un mari attentionné, deux adorables petites filles... La vie sourit à Annabelle, épouse et mère comblée, sculptrice à ses heures perdues, rayon de soleil d'un foyer chaleureux et plein d'amour. Pourtant, lors du baptême de Violette, sa petite dernière, Annabelle ressent un malaise, quelque chose d'impalpable qui la pousse à quitter Paris pour rejoindre son père et son frère dans la maison familiale en Normandie. La fête à peine finie, elle prend donc la route avec ses filles, certaine de dîner en famille. En chemin, elle est forcée de s'arrêter dans un bar pour nourrir Violette qui crie sa faim à plein poumon. Elle confie le bébé à son aînée, juste le temps d'aller se laver les mains. Mais Violette et Zélie attendront en vain le retour de leur maman. Annabelle s'est volatilisée et les indices montrent qu'elle a été enlevée. Pour sa famille, l'angoisse commence...

Bilan mitigé après lecture de ce roman qui se veut noir mais se noie un peu dans l'eau de rose. Le monde d'Annabelle est une meringue où tout le monde est beau, riche, élégant, où tout le monde s'aime d'un amour tendre, même les enfants sont sages, bien élevés et propres sur eux. Sa maison est grande, belle, meublée et décorée avec goût et Paris est un village où l'on va acheter des gâteaux à la boulangerie du coin, le dimanche après la messe. La famille parfaite évolue dans son bonheur sucré sous l'œil bienveillant d'une domestique attachée à la maîtresse de maison depuis sa tendre enfance. Le reste est à l'avenant, entre un père merveilleux qui a su élever ses enfants et diriger son entreprise avec une égale réussite et un frère protecteur affublée d'une fiancée italienne prête à tout abandonner pour soutenir sa nouvelle famille. La Normandie est un petit paradis sur terre où il fait bon vivre et grandir, c'est la France profonde, mais version bon chic, bon genre. Au contraire du Pays basque, plus rude, plus rustique, peuplé de montagnards bourrus qui mènent une vie simple en mangeant du fromage de chèvre et des cerises noires.
Cette ambiance à la Mary Higgins Clark ne doit pas faire oublier le drame qui est tout de même le cœur du roman. Malheureusement, là encore, Sophie Renouard faute grandement en distillant des indices qui immanquablement nous font découvrir le coupable dès le début de l'histoire. Exit le suspense ! Et pourtant, on se prend au jeu et on tourne les pages avidement pour connaître le sort final d'Annabelle et sa gentille famille. On s'installe dans le confort d'une lecture fluide, sans prise de tête, assez sympathique. Puis la fin arrive et nouvelle déception. L'auteure tombe encore une fois dans la facilité et nous propose un dénouement sans panache et peu crédible.
Une lecture rapide, assez addictive malgré ses défauts.


Apre Coeur

Apre coeur

De Jenny Zhang
Traduit par Santiago Artozqui
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Dimanche 24 mars 2019 4 étoiles

Elles s'appellent Christina, Stacey, Lucy ou Mande. Elles sont sept. Sept petites filles chinoises immigrées aux Etats-Unis, déracinées et réimplantées à New-York pour vivre le rêve américain. La Chine, c'était la misère, les traumatismes de la révolution culturelle, l'absence de liberté. Alors, armés de leur courage et d'une volonté de fer, leurs parents ont décidé de se faire une place au soleil dans cet El Dorado fantasmé, synonyme de richesse, de liberté, de réussite. Pour atteindre leur but, ils cumulent les emplois sous-payés, logent dans des taudis, se serrent la ceinture, font fi de leur dignité, de leur amour-propre, de leur équilibre, de leur bonheur. Et leurs enfants dans tout ça ? Ils apprennent une nouvelle langue, un nouveau mode de vie, ils affrontent le racisme et la violence ordinaires, ils essaient de toute leurs forces d'être à la hauteur des sacrifices consentis par leurs parents. Christina, Stacey, Lucy et les autres s'acharnent à grandir, à réussir, malgré la fange, les coups, les cris, les rêves trop grands de leurs parents.

Loin du cliché de l'immigré chinois docile et discret, Jenny Zhang nous livre un roman percutant, éblouissant, un véritable coup de poing écrit dans une langue crue, violente, réaliste. Elle y raconte les douleurs, les chagrins, les angoisses de fillettes chinoises prises en étau entre leurs famille bancale et la difficile adaptation dans un monde inconnu et hostile. Des existences misérables décrites sans misérabilisme, des cris et des larmes contrebalancés par une immense soif de vivre. Quand le rêve américain se fracasse contre la dure réalité, il faut encore s'accrocher à l'espoir, réussir coûte que coûte, quitte à y laisser sa santé. Des appartements sordides infestés de punaises, des voitures brinquebalantes, des vêtements d'occasion...juste des épreuves à surmonter avant la gloire. Les fillettes regardent leurs parents s'épuiser, se disputer, se reprocher l'un à l'autre leurs déboires. Elles perçoivent leurs peurs, leurs souffrances. Et doivent vivre avec l'étouffant fardeau des espoirs qu'ils ont mis en elles. Mais les violences familiales, les violences scolaires, la violence permanente d'un pays où il faut se battre pour exister, tout cela n'est rien à côté de l'amour qui affleure à chaque page. Un amour ultra-protecteur, étouffant, irrespirable mais le fondement de ces existences vouées à réussir.
Un roman plein de bruit et de fureur, dur et impitoyable, traversé pourtant de moments de grâce, de partage, d'amour. Christina, Stacey et les autres resteront longtemps dans la tête et le cœur d'un lecteur abasourdi par leur capacité à s'adapter, à se battre, à se réinventer. Une très belle découverte.


Les Suppliciées du Rhône

Les Suppliciées du Rhône

De Coline Gatel
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jeudi 21 mars 2019 3 étoiles

Sombre fin d'année 1897 pour la ville de Lyon où de très jeunes filles sont assassinées et vidées de leur sang. Elles viennent de milieux différents et n'ont pour seul point commun que d'avoir eu recours à une faiseuse d'anges. Pour le professeur Lacassagne qui enseigne la médecine légale à la Faculté de Lyon, c'est une occasion en or de tester les nouvelles techniques d'investigation qu'il a mises au point. Il s'agit d'arriver sur les lieux du crime avant la police, d'examiner le corps et l'environnement, de recueillir des indices. Pour ce faire, il missionne son étudiant le plus brillant, Félicien Perrier, qu'il charge de retrouver le meurtrier. Flanqué de son ami Bernard Lécuyer et d'Irina, une jeune journaliste polonaise, Félicien se lance dans l'enquête.

Petite virée à Lyon à la fin du XIXè siècle dans les pas d'une équipe atypique aux méthodes atypiques. Précurseurs de Temperance Brennan ou d'Horacio Caine, nos trois amis utilisent l'observation des corps, l'autopsie, le profilage, le relevé d'indices pour s'approcher au plus près du meurtrier. L'anthropologie légale, nouvelle science dont Lacassagne est l'un des pères, permet d'énormes avancées dans les enquêtes policières et pourtant elle rencontre méfiance et défiance de la part des policiers et du public. Qualifiée de science du diable, elle fait peur, comme tout ce qui touche aux morts et nos trois enquêteurs en herbe récoltent moquerie et hostilité. Mais il en faut plus pour les ébranler. Plutôt stéréotypés, ces trois-là ne manquent pas de caractère. Il y a Félicien dans le rôle du beau ténébreux, sulfureux et sûr de lui. Bernard est, quand à lui, le raisonnable, le bon élève, le fils de bonne famille propre sur lui. Et pour finir, Irina est la forte tête, la femme libérée et indépendante qui rêve d'une carrière de journaliste et porte le pantalon malgré la loi qui en interdit le port au beau sexe. Et bien sûr, tous les trois cachent soigneusement leurs petits secrets, juste ce qu'il faut pour pimenter l'histoire. Ils devraient être l'atout du roman, ils n'en sont que la faiblesse : dialogues creux, comportements prévisibles, manque de charisme. Pourtant, on passe un bon moment de lecture en leur compagnie, grâce surtout à la reconstitution de Lyon en 1897. Les traboules, les bouchons, les soyeuses, les canuts, les débuts de la Croix-Rouge, etc., une foule de renseignements qui font voyager dans l'espace et dans le temps. L'aspect scientifique est aussi intéressant qui raconte ce moment charnière où l'on commence à s'intéresser à l'analyse du sang, aux empreintes digitales, au profil psychologique, etc. Ce n'est pas le polar du siècle, c'est parfois grand-guignolesque (le meurtrier et ses motivations sont peu crédibles) mais ce n'est pas désagréable, surtout pour un premier roman. Sympathique.